30 sept. 2007
Etre un homme
Il y quelques temps, je me suis rendue compte grâce aux questions de Claire, dans son billet C'est quoi la féminité ?, et à l'éclairage que donne celui-ci : Rendez-nous nos modèles que ma question est peut mal formulée. Plutôt que "c'est quoi être une femme ?" la question que je me pose depuis l'ouverture de ce blog est quelque chose comme "qu'est-ce qu'être une femme dans notre société ?"
La question est de savoir jusqu'où nous agissons ou vivons par nous-même ou par les stéréotypes qu'on nous impose. Et comme le font penser quelques commentaires postés sur son blog, cette question se transpose également pour les modèles masculins.
Alors j'ai repensé à une expérience, une rencontre, et voici un petit essai de transposition...
Pour mon travail, je suis intervenue dans une usine pendant un an. Je ne travaillais pas dans l'atelier, mais juste au dessus, dans des bureaux préfabriqués aménagés à hauteur des ponts roulants, auxquels on accédait par des escaliers métalliques.
Autant dire un environnement pas très feutré, le bruit des machines était omniprésent. Pour se concentrer sur son travail, il fallait bien fermer les portes.
Autant dire aussi que cet environnement n'était pas très féminin.
Mon bureau était dans un immense "espace ouvert" (oui un "open space"), dans lequel travaillaient des hommes, qui réfléchissaient aux "Méthodes de production", et travaillaient donc directement avec ceux de l'atelier en dessous. Les tous premiers temps, j'étais mal à l'aise, ou était-ce eux ? Je voyais le matin à mon arrivée, les portes de certains placards se refermer brutalement, les conversations s'interrompre. Les regards parfois se faisaient insistant sur ma personne. Je faisais quand même attention à ne pas faire trop d'étalage de féminité dans cet univers, et j'avais
vite adopté jean et bottes, bien pratiques d'ailleurs pour traverser
l'atelier et monter les escaliers métalliques...
Et puis au fil du temps, chacun vaquant à ses occupations, les habitudes sont revenues, comme si je n'étais pas là. Dans les placards, les photos de femmes nues ont été plus visibles. Dans les conversations, les blagues salaces ont repris leurs habitudes.
Comme je ne me sentais pas particulièrement concernée, j'avoue que cela je ne me suis pas posée beaucoup de questions par rapport à ces photos. Au début, je me suis demandée pourquoi leur présence, mais j'avais déjà vu cela dans d'autres usines, des ateliers. Je me suis habituée.
Au bout de quelques temps, eux aussi se sont habitués à ma présence, et j'ai été conviée aux rituels cafés du matin et d'après repas. Dire qu'il n'y avait jamais de gêne ou d'allusions un peu salaces serait mentir, mais rien qui ne m'empêchait de travailler avec eux.
J'avais des moments de réunions avec certains, pour comprendre leurs besoins par rapport à l'outil informatique qu'on nous demandait de mettre en place. Il y en a un que je craignais un peu, la plus grande gueule du service, le plus macho, le plus cru dans ses blagues.
Et puis en travaillant avec lui sur son ordinateur, j'ai vu qu'une fois l'économiseur d'écran de lingerie fine arrêté, il y avait la photo de ses enfants. Nous avons parlé de ses enfants, parfois au café, il m'a posé des questions sur les miens, je n'en avais pas, il devait sentir que c'était un sujet douloureux pour moi, et je crois qu'au fil de ses conversations j'ai commencé à le sentir plus sensible que l'image qu'il ne donnait aux autres.
Quand la mission a été terminée, c'est le seul qui a gardé mon adresse mail et dont j'ai des nouvelles de temps en temps.
Il m'a dit qu'il allait regretter mon départ, un peu sur le ton de la plaisanterie, comme s'il me draguait. Mais je l'ai ressenti comme une tristesse de se retrouver dans cet univers masculin pur, avec cette obligation qu'il se donnait de cacher sa sensibilité peut-être ?
Dans le livre sur les utopies conjugales, dont j'ai déjà parlé, l'auteur parle de "la maison des hommes", des lieux où ils se retrouvent entre eux et où il faut montrer sa virilité. J'ai l'impression que ce que j'ai approché dans ce bureau ressemble à cela. Et je me suis demandé si les femmes dans les placards ou sur les fonds d'écran, ces femmes-objets aguicheuses, n'étaient pas là aussi pour donner une touche de douceur dans cet environnement, une touche de différence.
La question reste ouverte...
05 sept. 2007
Blog en hibernation
Combien de temps peut-on tenir un blog ?
Deux semaines, six mois, toute une vie ?
Je crois bien que pour celui-ci, le temps d'arrêter est arrivé. Est-ce une mi-temps ? Est-ce la fin du match ? Je ne sais pas.
Ce que je sais, c'est que je n'arrive plus à "jouer".
Je reprends le travail demain. Depuis plus d'une semaine j'étais arrêtée. Un arrêt lié à l'état physique et nerveux dans lequel je me trouve en ce moment. Le médecin a sifflé le coup d'arrêt me mettant sur la touche. Il me faut du calme. Il faut que je me calme.
A la fois ralentir le rythme de mes activités, et celui de mes pensées...
Pour un moment, je mets donc entre parenthèses ma sur-activité chronique. Mes activités, professionnelles, associatives, et très personnelles comme ce blog.
Le temps de trouver un autre rythme, le temps de retrouver la paix.
Ce blog ne m'assure pas la paix. Comme j'en ai déjà parlé dans ce billet, les idées et les mots
tournent longtemps dans ma tête avant que je ne les écrive. Au point de ne plus en dormir la nuit. En ce moment, les idées d'Ariane forment un écheveau, dont j'ai du mal à démêler les liens ici...
J'affronte un nouveau tremblement de vie. Contrairement au précédent, celui-ci est constructif. Mais il demande aussi une période de deuil. Le deuil de la vie que j'avais construite pour résister au tremblement de vie de mon divorce, mes ambitions professionnelles, ma vie associative, ma vie personnelle et amicale débordante. Le deuil d'une image que je m'étais construite, d'une femme indépendante et capable d'infiltrer certains territoires masculins. Une femme qui ne craignait pas la solitude, qui ne craignait plus l'abandon.
Aujourd'hui je dois accepter une certaine fragilité... et pour suivre mes propres conclusions, je dois partir à la découverte d'une autre vie pour moi.
Une découverte dans le concret, dans le quotidien, dans le physique et l'empirique.
Une découverte pour moi, pour l'homme avec qui je vis, et pour ce petit être dont je sais depuis ce matin qu'il s'agit d'une future femme...
Ce n'est pas une fermeture définitive, mais une rentrée en hibernation. Alors ce blog reste ouvert, la messagerie aussi.
Je continuerai à lire les blogs qui me tiennent à coeur (oui, ceux de la colonne de gauche) et dont je tiens à remercier les auteurs pour leurs créations, leurs réflexions, qui ont nourri mon imaginaire ou mes pensées...
Voici quelques idées de billets que j'écrirai peut-être un jour, je note les thèmes que j'avais en projet pour le cas où, également, vous auriez envie de participer !
- L'hospitalité
- Qu'est-ce qu'être un homme ?
- Le don et le mythe des super-héros
- Le portrait d'une femme de caractère, ma grand-mère paternelle
- Le portrait d'une femme qui voulait vivre de sa passion artistique
- Le livre La femme sans de Madeleine Chapsal
- Le hasard, comme dans le film Match Point, ce fil qui fait que notre vie bascule, ou ne bascule pas.
Je finirai ce billet par quelques photos que j'aurais eu envie mettre comme illustrations...
A bientôt








