16 mai 2007

Habitudes

Comme certaines femmes qui se découvrent enceintes décident d'arrêter de fumer, il va falloir queorchideetigree je perde certaines mauvaises habitudes.
Pas facile...
J'ai pris la mauvaise habitude, dans mon travail notamment, de considérer que je suis un garçon.

Ce n'est pas que j'ai l'air d'un homme. En général, on me dit douce et souriante. Je pense être plutôt féminine, tendance naturelle (je n'ai pas envie de faire trop d'efforts ni de ressembler à une poupée). On ne m'a jamais dit que j'étais un garçon manqué.

jupeEn fait, j'essaye de voir les avantages à ressembler à une femme. Comme celui de pouvoir porter une robe et des sandales l'été, quand mes collègues transpirent dans leur chemise et chaussures fermées.
Comme celui de pouvoir porter une jupe noire et un pull rouge dans un TGV première classe remplit de costumes cravates gris, juste pour le goût de la provocation, pour me sentir un peu plus libre dans ma tenue vestimentaire.

Par contre dans ma tête, il n'y a aucune raison pour que je ne puisse pas faire la même chose que les hommes. Cela depuis longtemps. Ce n'est pas que je le revendique, que je le demande, que j'en parle sans arrêt. Non, j'agis. Quand je suis en situation, quand une occasion se présente, j'agis sans me demander si je suis du bon genre pour le faire.

Cela vient sûrement de mon éducation, et mes études scientifiques en milieu à 80% masculin m'ont sûrement poussée dans cette idée. J'ai été aussi sûrement influencée par un grand frère qui me donnait envie de faire des choses comme lui, sûrement un mimétisme que j'ai encore du mal à quitter.

Alors prendre des responsabilités dans le travail ? Travailler dans une usine ? Encadrer une équipe constituée d'hommes, dont certains sont plus agés que moi ? Pratiquer un loisir dans lequel très peu de femmes sont licenciées ? Je ne me pose pas de question, si c'est à mon goût. Et je suis souvent "la seule femme", ou "l'une des rares femmes". Je ne crois pas que c'est une fierté, mais peut-être une revanche... C'est surtout la liberté de ne pas cantonner mes goûts à ce qui se fait dans mon genre.

Toujours est-il qu'aujourd'hui, je me trouve confrontée à cette dure réalité : pendant quelques mois, il va falloir que je revoie un peu mes habitudes.

Il y a quelques jours, en réunion de management, où j'étais la seule femme, le chef a proposé une activité conviviale. Du tac au tac j'ai répondu oui. Et puis... et puis je me suis dit que dans mon état c'était peut-être risqué de faire l'acrobate dans les branches. J'avais dit oui. J'étais coincée.

branchesSur la route, pour aller vers le lieu de l'accrobranche, j'étais partagée. Dois-je faire comme si de rien n'était et prendre des risques ? Dois-je l'annoncer alors qu'il est vraiment tôt ? Dois-je rater une invitation à une activité que j'ai toujours rêvé d'essayer ? Parce que suspendue dans les branches, dans la nature, je crois que j'en rêvais plus que certains collègues qui parlaient déjà d'avoir le vertige.

Et puis une inquiétude aussi, l'annoncer à mon chef, c'était m'affaiblir, m'exposer à ce qu'il ne me considère plus comme les autres.

Je me suis dit qu'il fallait faire un choix. Je lui ai téléphoné juste avant d'arriver. Je lui ai annoncé la nouvelle. Et je lui ai dit mes craintes. J'ai décidé que la sécurité de cet enfant était plus importante que mes envies professionnelles ou sportives. Que c'était plus risqué pour moi de perdre l'enfant que mon statut au travail.

Je ne regrette pas. Il a très bien accueilli la nouvelle, il s'est renseigné discrètement auprès des accompagnateurs sur les risques. Et comme ils semblaient minimes, il m'a rassurée.

L'esprit plus libre, j'ai pu découvrir, doucement et sans faire le casse-cou, le plaisir de traverser les arbres à la nuit tombante, en écoutant les grenouilles, accrochée à une tyrolienne ou sur un pont suspendu.

J'ai compris que cette nouvelle vie allait me demander de changer mes habitudes, et que ce serait plus compliqué que je ne le pensais...

Posté par arianebobine à 22:43 - - Commentaires [8] - Permalien [#]


Commentaires sur Habitudes

    Je comprends tout à fait ton point de vue. Je ne me suis jamais posé la question de savoir si je pouvais faire telle ou telle autre chose dans la vie par rapport à mon sexe. J'ai été élevée par des femmes, j'ai baigné dans un monde de femmes, mais elles faisaient ce qu'elles avaient envies de faire, elles ne se demandaient pas si cela se faisait ou pas, si cela était permis ou pas. Du genre faire un mur en maçonnerie, adorer la moto, etc... Par contre, je te laisse les accrobranches, j'ai le vertige ! lol
    Je crois effectivement que tout cela est une histoire d'éducation. D'un autre côté, le fait de prendre conscience de ta grossesse ne doit pas t'empêcher de vivre normalement. Je sais tu vas me répondre, c'est quoi vivre normalement ? C'est écouter ton corps. Je trouve ta réaction tout à fait compéhensible, tout simplement parce que tu as attendu très longtemps pour être enfin enceinte. Dans le cas contraire, je crois que tu ne t'interrogerais pas autant sur ce que tu peux faire ou pas comme activité pendant ta grossesse. Je peux me tromper, mais c'est ce que je pense. Savoure cette période, c'est un très beau moment à vivre. )

    Posté par Claire Ogie, 18 mai 2007 à 07:53 | | Répondre
  • Moi, c'est un peu différent. J'ai été élevée un peu "à la garçonne" et ce fut (c'est encore) tout une histoire pour découvrir, puis vivre ma féminité...

    Posté par sel, 22 mai 2007 à 16:37 | | Répondre
  • @Claire : tu me laisses les branches, je te laisse la moto (et tout ce qui a un moteur et va vite). Je vais essayer d'en faire un maximum (pour le moment je continue le roller), mais mon slogan c'est "zéro stress". Donc finalement je me suis débrouillée pour ne pas stresser, et j'ai quand même pu me promener dans les arbres

    @Sel : tu te poses peut-être les mêmes questions que moi sur mon post qu'est-ce qu'être une femme. J'avoue ne pas avoir forcément la réponse, et puis, ce n'est peut-être pas si important... Comme dit une chanson "laisse les regards des autres glisser sur toi", et surtout profites de ce que tu peux vivre!

    Posté par Ariane, 22 mai 2007 à 23:11 | | Répondre
  • Femme, mec et Maman

    hauts les coeurs ! tant pis pour les acrobaties : le fait de porter un enfant est la plus belle des choses qui puisse arriver dans la vie d'une femme. Cela vaut tout les scoops de la terre (et je sais de quoi je parle !)...
    Fabriquer une vie : rien de plus magique !
    Pour autant ilne faut pas se considérer comme "malade". Enceinte de n°2, je n'ai pas pu prendre de congé maternité... j'ai quitté le boulot à 19h pour aller accoucher à 21h... avec un mois d'avance. Mais n°2 est très fier de clamer partout : "Dans le ventre de Maman, je suis allé en avion en Roumanie en reportage, et je courais partout dans les couloirs avec elle !"
    Certes aujourd'hui ce petit bout d'homme a la bougeotte ! Mais quelle grossesse passionnante : lui et moi à faire les pitres, à harpenter Bucarest, à rire et faire la fête !
    Ma 3e grossesse a plutôt rimée avec canapé et mots croisés ! Tant que tu le peux, tant que ton médecin est OK : vis à 100% ! tout en restant "nature", c'est mieux que les pots de peinture ))

    Posté par Karin Tourmente, 28 mai 2007 à 20:31 | | Répondre
  • Karin, ça faisait longtemps.
    Merci pour ton com', je vais essayer d'appliquer tes conseils, mais comme dit Claire, ça fait au moins dix ans que j'attends ça, alors je ne voudrais pas gacher ma chance...

    Posté par Ariane, 29 mai 2007 à 22:36 | | Répondre
  • en même temps je trouve que c'est une occasion pour affirmer une différence qui existe réellement et que les autres ont peut-être tendance à oublier ? Peut-être que tes collègues te considéraient comme l'un d'eux et qu'ils vont maintenant se rendre compte vraiment que tu es une femme... Ca aura peut-être des conséquences positives sur leur attitude à ton égard ?

    Posté par La Foldingue, 31 mai 2007 à 23:02 | | Répondre
  • etremère

    ce n'est pas plus compliqué sans aucun doute que votre parcours professionnel c'est une formidable expérience "donner" la vie. Ensuite il faut assumer "tenir la main" sur le chemin pour en faire un adulte bien dans sa peau. Mais ne rêvons pas vous serez une mère "imparfaite" je parle en connaissance aujourd'hui mon fils de 30 ans me reproche de ne pas avoir été un petit garçon heureux ! ! Après sondage auprès de mes amies très très proches qui connaissent le malheureux depuis sa plus tendre enfance c'est l'incompréhension. Donc quoi qu'il en soit c'est merveilleux et je ne regrette rien. Il ne faut pas non plus trop "intellectualiser" nos rapports avec nos petits, juste du bon sens élémentaire et de l'amour. (j'écoutais Me Dolto en attendant ce malheureux -je passais bcp de temps allongé- et ne sachant pas qui elle était je la prenais pour une grand mère plein de bon sens. Bonne continuation, et n'oubliez jamais "toute les mères sont imparfaites" cela vous aidera dans les moments de questionnements !!!! Amitiés solidaires

    Posté par linette, 11 août 2007 à 09:55 | | Répondre
  • Bonjour Linette, merci pour ce partage d'expérience qui est le bienvenu. Je me souviendrai de cette phrase...

    Posté par Ariane, 12 août 2007 à 14:35 | | Répondre
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